Gilles Lemarquis a proposé au journal « l’Yonne Républicaine » l’article suivant :

Blannay : les mille et une vies d’un village au carrefour de l’Histoire

Avec sa centaine d’habitants et ses ruelles paisibles, Blannay offre aujourd’hui le visage d’un havre de paix. Pourtant, ce village niché au confluent de la Cure et du Cousin cache une épopée vertigineuse. Des vestiges gallo-romains aux Écorcheurs, en passant par les rois croisés, les remparts et les guerres de Religion, retour sur l’incroyable destin d’une commune qui a toujours su renaître de ses cendres.

Quand on se promène aujourd’hui à Blannay, difficile d’imaginer le tumulte des siècles passés. La clé de cette histoire mouvementée tient en grande partie à sa position géographique. Situé sur le « grand chemin de Vézelay » et non loin de l’ancienne voie romaine d’Agrippa, le village a longtemps été un point de passage stratégique dans la vallée de la Cure.

Le nom même de Blannay raconte cette profondeur historique. Une tradition locale a parfois voulu le rattacher à une racine celte évoquant une hauteur. Mais les recherches toponymiques et les découvertes archéologiques donnent du poids à une autre origine : Blaniacum, le « domaine de Blanius ». Des prospections aériennes menées à partir de 1989 ont en effet révélé, au lieu-dit Champ Dessous, les traces d’une grande villa gallo-romaine occupée du Ier siècle avant J.-C. au IVe siècle.

Sous les pas des papes et des rois

Au Moyen Âge, la proximité de Vézelay place Blannay au coeur des grands mouvements de la chrétienté. Le bourg voit passer des figures illustres : le pape Jean VIII y fait étape le 29 septembre 878, le roi Louis VII y est reçu en 1166, tandis que les armées de Philippe Auguste et de Richard Coeur de Lion campent dans les environs en 1190 avant le départ pour la troisième croisade.

Mais être situé sur une route aussi stratégique attire aussi les malheurs. Pendant la guerre de Cent Ans, la région est durement éprouvée. Si l’arrivée de soldats écossais en 1419 donnera naissance à l’illustre lignée des Destutt de Blannay, la suite est dramatique. En 1438, les Écorcheurs, menés par Robert Floquet, ravagent le village. Frappé par la guerre, la peste et la famine, Blannay ne compterait plus que sept habitants en octobre de cette même année.

Un village fortifié puis « mis à blanc »

Pour se protéger des brigands, des bandes armées et même des loups, Blannay s’entoure en 1537 d’une véritable enceinte fortifiée. Le village possède alors 1 210 mètres de murailles, six tours et trois portes. Cette protection n’empêchera pourtant pas les drames des guerres de Religion.

Le 6 février 1570, l’armée royale du lieutenant-général de Sansac incendie Blannay, soupçonné de complaisance avec les protestants retranchés à Vézelay. Le village est alors « mis à blanc », selon l’expression restée dans la mémoire locale.

La paix revient à la fin du XVIe siècle. En 1598, année de l’édit de Nantes, un tilleul est planté devant l’ancien manoir seigneurial. Ce tilleul de Sully, appelé aussi « le Rosny », est toujours là, rue Haute, comme un symbole de renaissance.

Les vieilles murailles, elles, reprendront du service une dernière fois en 1754, remises en état de défense à l’approche de la bande du contrebandier Mandrin. L’alerte passera sans assaut.
Aujourd’hui, les grandes murailles ont été en grande partie démantelées, notamment au XIXe siècle, et leurs pierres ont été réemployées dans les maisons du village. Mais Blannay conserve encore de précieux témoins de son passé : la tour sous les Roches, la tour du Crot-Bard, l’église Saint-Pierre, l’ancien manoir seigneurial, le pont de la Cure et le chemin de derrière les Murs.

Petit par sa taille, Blannay est grand par son histoire. Et l’histoire y a parfois de l’humour : depuis mars, la commune est dirigée par Serge Lucy, quasi-homonyme de Marcel Lucy, l’enfant du pays qui publia en 1956 la première histoire du village. Dans ce village de la vallée de la Cure, chaque pierre semble rappeler qu’ici, la grande Histoire est passée par les chemins de campagne.

Blannay en 7 dates clés

Ier s. av. J.-C. Occupation d’une grande villa gallo-romaine, probable domaine de Blanius.
1103 Première mention écrite connue du village sous la forme Blanniacum.
1438 Blannay est ravagé par les Écorcheurs ; la tradition évoque seulement sept habitants survivants.
1537 Construction de l’enceinte fortifiée : 1 210 mètres de murailles, six tours et trois portes.
1570 Le village est incendié par l’armée royale de Sansac pendant les guerres de Religion.
1598 Plantation du tilleul de Sully, toujours visible rue Haute.
1754 Les remparts remis en état de défense à l’approche de la bande de Mandrin.

Gilles Lemarquis, correspondant.
Sources : Marcel Lucy, Histoire de quelques villages du pays avallonnais (1956) ; panneaux communaux ; archives et vérifications 2026.